Il faut vraiment que je lui pardonne ?

Plus que tout, pardonner est une décision personnelle. Personne ne peut nous obliger à pardonner ! Et, encore moins, nous culpabiliser. Mais, avant de repousser l’idée du revers de la main, il faut peut-être s’y arrêter.

Paul Tillich, un des grands théologiens du XXe siècle, a dit que « Le pardon est le remède de Dieu à notre existence ». Eh oui, un remède. Pourquoi ? Simplement parce qu’il est impossible sur l’ensemble de notre vie de ne pas être blessé par quelqu’un. Nos parcours de vie sont parsemés d’embuches, de situations générant des conflits, de dissensions, d’incompréhensions, d’injustices. Tous ces événements nous affectent, nous infectent et nous rendent malades. Dans ces moments, le pardon constitue un remède efficace.

Nous connaissons tous ce texte de l’évangile ou l’apôtre Pierre s’approche de Jésus et lui dit :

« Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il péchera contre moi ? Sera-ce jusqu’à sept fois ? Jésus lui dit : je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. »

Les 2 questions que pose Pierre nous démontrent 3 choses. Premièrement, Pierre croit au pardon. Il ne pose pas le problème à savoir s’il faut pardonner ou non. Il ne conteste ni ne questionne. En second lieu, il est conscient qu’il faut pardonner plus d’une fois et croit même, en dernier lieu, qu’il est noble et héroïque de se rendre jusqu’à sept fois. Néanmoins, comme nous tous parfois, il ne comprend pas le pardon selon la perspective de Jésus. Dans sa question, Pierre commet 3 erreurs :

1- Il tente de quantifier le pardon

 « Combien de fois… » Dans l’expérience de la vie, on ne peut limiter le pardon ainsi. Le pardon est nécessaire autant de fois que des situations, des personnes ou des événements le justifient. C’est, dans ce sens, un mode de vie. Conséquemment, nous devons apprendre à vivre du pardon, mais aussi à vivre le pardon. Cette façon de voir le pardon éveille chez certaines personnes beaucoup de résistance. Les gens pensent qu’ils sont obligés de pardonner. Le pardon n’est pas une obligation, mais une décision.

« Le pardon n’est pas un acte occasionnel, mais une attitude constante » Martin Luther King

2- Il tente de conditionner le pardon

 « Combien de fois pardonnerais-je à mon frère lorsqu’il péchera contre moi ? »  La pensée semble être la suivante. « Je pardonnerai lorsque mon frère pêchera contre moi ». Dans cette perspective, l’idée qui semble se dégager est de pardonner lorsqu’il y a évidence et reconnaissance d’une offense. Cependant, vous et moi savons que souvent, les gens ne sont même pas conscients qu’ils nous ont blessés. Ce qui est évident pour nous ne l’est pas toujours pour les autres. En d’autres cas, s’ils en sont conscients, ils ne le reconnaissent tout simplement pas. N’oublions pas que le pardon est un don que l’on fait à soi autant qu’aux autres. Nous retirons tous un bénéfice émotionnel et spirituel à pardonner. Pourquoi rester prisonnier du ressentiment et même de la haine quand on peut s’en libérer par le pardon ?

« La vie sans le pardon devient une prison » William Arthur Ward

3- Il tente de limiter le pardon

« Sera-ce jusqu’à sept fois ? » Pierre semble courageusement s’affirmer en signifiant qu’il est prêt à pardonner jusqu’à 7 fois. La réponse de Jésus détonne. Il propose 70 X 7 pour un total de 490 fois. Au regard humain, cela semble invraisemblable, voire impossible. Le problème soulevé dans ce texte n’est évidemment pas mathématique ou quantitatif. À la 491e fois, on ne pardonne plus ? Bien sûr que non. Le pardon ne se limite pas ainsi. Comme nous l’avons déjà mentionné, nous devons pardonner autant de fois que les situations le justifient.

Vous conviendrez avec moi que cela n’est pas facile. Ne croyez pas que le fardeau repose sur vos épaules comme si, en tant que victime, vous vous retrouvez en défaut. Jésus, en insistant sur le pardon, montre la voie par excellence pour guérir, être en paix et maintenir cette paix. Même si la colère et la frustration montent à l’intérieur de vous seulement à la pensée de pardonner à cette personne qui vous a fait du mal, persévérer dans le pardon. Si des larmes de douleur vous submergent, relâchez tout et pleurez ce que vous avez à pleurer. Mais, en toute chose, ne laissez pas l’amertume dominer et gagner sur vous.

« D’une certaine façon, pardonner est un geste de courage. Pardonner est pour les gens désireux de confronter leur douleur, d’accepter de changer et d’assumer ce difficile choix. La limite du pardon est que seuls nous y parvenons difficilement. Puisque Dieu a inventé le pardon, peut-être sera-t-il utile de lui demander son aide pour nous aider… à pardonner. »  Gordon Dalby

Au lieu de poser la question « il faut vraiment que je lui pardonne ? », prenez la décision consciente, courageuse et volontaire de pardonner. Jamais vous ne serez aussi près du cœur de Dieu qu’à ce moment !

2 réponses
  1. Guy Lacroix dit :

    Excellent! Seulement, je crois que le défi le plus important de notre vie est la repentance et la réparation de nos torts causés à autrui. Lorsque nous saisissons cela, nous pardonnons beaucoup plus facilement les autres sachant que nous sommes tous des pécheurs et que nous serons pardonné de la même manière que nous pardonnons. « Vous serai jugé du jugement dont vous jugez ».

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  2. seheno dit :

    Bonjour Pasteur Denis ainsi que les lecteurs.
    Votre message tombe bien parce-que justement, aujourd’hui, je pense fortement à un pardon que je sais que je dois donner.
    J’ai toujours cru que, sachant qu’il faut pardonner, il faut le faire tout de suite. Je voudrais partager avec vous une pensée que j’ai lu un jour et qui me paraît très juste car, en vérité, on ne peut pas penser à pardonner quand on est en plein dans « l’injure ». : Il y a un temps pour tout. Il y a le temps de la colère, de la blessure face à… »l’injure »; puis il y a le temps de la… »digestion », pour retrouver ses esprits, le calme intérieur, sa paix. Cela peut durer plus ou moins longtemps, même si on prie beaucoup. Et puis : il y a le temps de Dieu pour faire le pas.Parfois, il faut attendre que la raison du problème qui a causé la « blessure » ait trouvée sa solution.
    Là aussi, ça peut durer un certain temps. D’autres fois, il ne faut pas attendre la résolution du problème.Et puis, il y a ce que j’expérimente : le pardon en cours de réalisation (car des colères intérieures subsistent encore,à différentes occasions) qui ne trouvera son plein accomplissement que quand ce que j’appellerai « la vérité » sur l’affaire sera mis en lumière…si toutefois on considère que l’absence de colère à cause de ce qui s’est passé est un signe de pardon… Le pardon, c’est un très grand thème. Merci de l’avoir évoqué.

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