Je n’ai rien dit !

Cette semaine, un peu partout à travers le monde, nous nous sommes remémorés les 70 ans de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau. Entre 1940 et 1945, 1 million de personnes y sont mortes.

On ne finit pas de se pencher sur les affres de la Seconde Guerre mondiale. Auschwitz n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de la réalité possible des dérives de la méchanceté humaine. Les recherches, jusqu’à ce jour, semblaient démontrer qu’il avait existé plus de 1634 camps. Une nouvelle étude plus approfondie démontre que ce chiffre est inférieur à la réalité. Dans les faits, 42500 camps de toutes sortes auraient été construits de 1933 à 1945 (Le Figaro, 7/3/2013). Il y a les camps de travail, les camps d’extermination, les camps de transit, les ghettos, etc. Les chiffres sont si énormes qu’il est impossible que les citoyens allemands n’aient pas eu connaissance de ces camps puisqu’ils étaient partout.

Cela doit nous amener, vous et moi, à nous questionner et à réaliser que parfois nous sommes des témoins muets des injustices. Prenez quelques instants pour relire ce texte du théologien allemand Martin Nielmöller. Celui-ci a fondé, en Allemagne, au cœur de la 2e guerre mondiale, la ligue d’urgence des pasteurs. Il s’opposa aux injustices dont étaient victimes les juifs. En conséquence, il fut déchu de ses fonctions de pasteur et, plus tard, fut arrêté et envoyé au camp de Zellenbau puis de Dachau. Il fut libéré en 1945 et travailla à la reconstruction de l’église protestante d’Allemagne tout en militant pour la paix.

Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester.

Je sais que ce texte est un classique. Mais, il réveille toujours nos consciences trop souvent endormies. Peut-être direz-vous qu’en ce moment, vous n’êtes exposés à rien. Nous ne sommes plus sous la férule nazie et nous ne vivons pas dans un pays exposé à la menace de l’État islamique. Par contre, chaque jour de notre vie, nous sommes confrontés à des injustices et nous ne disons rien. Pourquoi ? Parce que nous ne nous sentons pas concernés jusqu’au jour où nous-mêmes sommes atteints. Arrêtez-vous quelques instants et réalisez que nous devons tous nous impliquer pour rendre ce monde meilleur. Dans cette perspective, permettez-moi de vous donner quelques conseils :

Choisissez de garder les yeux ouverts !

Il est plus facile de fermer les yeux que de regarder à ce qui se passe autour de nous. Les 42500 camps nazis n’étaient pas invisibles. Les gens ont voulu ignorer leur existence probablement par la peur plus que tout. En ce moment, fermez-vous les yeux sur ce qui se passe autour de vous ? Dans votre mariage, dans votre famille, dans votre église, dans votre propre vie ? Les problèmes perdurent avec le temps, non pas par le manque de solutions, mais par le refus de voir. Il y a des gens qui souffrent en silence parce qu’ils ont peur de ne pas être crus.

« Pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des gens de bien. » Edmund Burke

Surveillez vos propres comportements !

Il est facile de voir l’ennemi chez les autres, mais très peu chez soi-même. C’est un phénomène puissant que l’aveuglement involontaire. On le voit présent chez beaucoup de leaders politiques, religieux ou autres. Pendant qu’ils sont occupés à diriger, conduire et à planifier, ils sont parfois complètement déconnectés de la réalité de ce qu’ils font et de l’impact de leurs décisions dans la vie des autres. On voit ce phénomène chez les parents également. Ils sont préoccupés davantage par la conduite de leurs enfants, mais voient très peu leurs propres réactions. On peut parfois être le bourreau de quelqu’un d’autre sans s’en apercevoir.

« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? » Mat 7:3

Faites votre part !

En certaines occasions, nous avons tous la critique facile. Mais, cette dernière n’a jamais rien changé de ce monde. Ce sont les actions tangibles et les gestes concrets qui changent le monde. Faire du bénévolat dans des organismes communautaires. S’impliquer dans l’aide humanitaire. Participer à un groupe de soutien. Faites quelque chose pour aider les plus démunis et ceux dans le besoin.

« Un enfant, un professeur, un livre, un crayon peuvent changer le monde. » Malala Yousafzai (Dicours aux Nations Unies – 2013

Parlez !

J’enseigne depuis plus de 30 ans maintenant. Je répète constamment à mes étudiants (trop souvent timides) d’oser poser des questions. Rappelez-vous votre propre expérience sur les bancs d’école lorsqu’une question vous brulait les lèvres. Vous n’osiez pas lever la main par peur du ridicule. Voilà qu’un autre étudiant ose le faire pour que le professeur le félicite de poser une question « si » intelligente. Nous sommes trop souvent muets et nous ne réalisons pas le pouvoir des mots. Parfois bien sûr, on parle trop, mais parfois on ne parle pas. Une voix seule peut se perdre dans les bruits de ce monde, mais mille voix finissent par se faire entendre. Auschwitz a été possible parce que beaucoup se sont tus. On en parle longuement maintenant peut-être pour compenser toutes ces années de silence.

« Ouvre ta bouche pour le muet, Pour la cause de tous les délaissés. »  Prov. 31:8

Maintes fois dans ma propre vie j’ai été confronté à la question : « Dois-je parler ou dois-je me taire ? ». À chaque fois, après réflexion et beaucoup de prière et en m’assurant de la justesse de mes motifs, j’en suis venu à la conclusion que se taire devient un signe de complicité et de non-assistance à personne en détresse. Ne pas parler nous assure une certaine sécurité. Un certain mutisme nous protège à court terme il est vrai. Mais, à long terme, le tourment demeure. L’ennemi n’est plus à l’extérieur de nous mais à l’intérieur.

« Jamais je n’oublierai cette nuit, la première nuit de camp qui a fait de ma vie une nuit longue et sept fois verrouillée.
Jamais je n’oublierai cette fumée.
Jamais je n’oublierai les petits visages des enfants dont j’avais vu les corps se transformer en volutes sous un azur muet.
Jamais je n’oublierai ces flammes qui consumèrent pour toujours ma foi. »  Élie Wiesel, rescapé d’Auschwitz

4 réponses
  1. PERRIER
    PERRIER dit :

    Merci Pasteur Denis Morissette pour cette exhortation à nous questionner, à ouvrir les yeux et les garder ouverts, à surveiller nos comportements, faire notre part et parler à bon escient, pour défendre la cause de tous les délaissés.
    Luc 19:40
    Et il répondit : Je vous le dis, s’ils se taisent, les pierres crieront !
    Ecclésiaste 3:7
    …un temps pour se taire, et un temps pour parler;

  2. Monique
    Monique dit :

    Merci cher Denis pour cette réflexion très à propos. Je termine justement un livre sur la vie de Dietrich Boenhoffer et comment il ne s’est pas tu… Au prix de sa vie.

  3. Havah
    Havah dit :

     » It has been said that for evil men to accomplish their purpose it is only necessary that good men should do nothing. » Reverend Charles Frederic Aked

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