T’as juste à pardonner !

Pour beaucoup de croyants, le pardon est le remède à tout. Les expressions « Tu n’as pas vraiment pardonné ou tu dois pardonner… et tout s’arrangera » ressemblent davantage à une recette magique qu’à une démarche profonde et efficace. Le pardon ne règle pas tout bien sûr, mais demeure une étape importante sur le chemin de la guérison.

Ce genre de réflexion-cliché n’aide en rien ceux qui ont besoin de pardonner. À la limite, cela place sur eux un fardeau supplémentaire puisqu’en plus d’avoir été blessé ou de souffrir l’offense dont ils ont été l’objet, ils doivent maintenant composer avec la culpabilité de ne pas pardonner. Les gens qui donnent ce genre de conseil manquent parfois de sensibilité et de compassion. Mettez-vous quelques instants à la place de ces gens que je rencontre chaque semaine. Certains ont été abusés par un père ou un beau-père qui, comme adulte, était supposé les protéger en tant qu’enfant. Les sévices dont ils ont été victimes sont effroyables. Ils ont été utilisés, trahis, meurtris. Leur douleur est immense. Et avec cette douleur vient la peur que le cauchemar se répète et perdure, et cela même des années plus tard. Leur dire simplement « tu n’as qu’à pardonner et tout sera réglé » c’est mal comprendre la réalité de ces souffrances et c’est donner au pardon la saveur d’une potion magique. Ce qu’il n’est pas. La personne blessée résiste à l’idée de pardonner par peur d’être blessée à nouveau. Voilà pourquoi, elles doivent comprendre ce qu’est le pardon, mais aussi ce qu’il n’est pas.

Pardonner, ce n’est pas « s’excuser » !

Certaines personnes pardonnent par désespoir, par peur de perdre. Un mari trompe sa femme et celle-ci spontanément lui pardonne tout sur le champ. « Allez, je te pardonne et on oublie tout ». Refoulant colère et douleur par peur d’un mariage qui pourrait s’effondre. Une autre, face à la même situation malheureuse, refuse de pardonner craignant qu’en l’excusant ainsi, il puisse recommencer. Pardonner n’est pas excusé dans le sens de tolérer ou de ne pas considérer la gravité de la situation.

Voilà pourquoi, pour éviter l’effet néfaste d’un pardon facile et qui ne règle rien, je vous propose une petite stratégie appelée les 4 « R ».

1- Responsabilité :
Est-ce que la personne reconnait ses torts ? Est-ce qu’elle assume la gravité de ses gestes ? Non. Le danger de récidive demeure donc présent.

2- Remords :
Est-ce que la personne est vraiment désolée, repentante ? Est-ce qu’elle éprouve des remords ou n’avoue que parce qu’elle s’est fait prendre ? Non. Cela témoigne d’une conscience malade et malsaine.

3- Réparation :
Est-ce que la personne est prête à réparer ses torts, à faire amende honorable dans la mesure du possible ? Non. La repentance de la personne n’est que superficielle.

4- Répétition :
Est-ce que la personne prend des mesures pour s’assurer de ne pas répéter les gestes qu’elle a posés ? Est-ce qu’elle cherche de l’aide et désire sincèrement changer ? Si sa réaction n’est composée que de promesses et d’intentions, la personne ne réalise pas l’impact et l’effet de ce qu’elle fait sur les autres.

Seulement la manifestation sérieuse et bien assumée de ces 4 réactions peut nous permettre de baisser nos gardes et de travailler à rebâtir la confiance.

Pardonner, ce n’est pas « cautionner » !

Certains résistent au pardon en se disant qu’après avoir pardonné, la personne en faute sera libre de commettre de nouveaux délits ou de continuer à faire mal. Pardonner, demeure un choix personnel qui n’engage en rien la personne envers laquelle nous octroyons notre pardon. En pardonnant, nous ne devenons pas garants de sa vie ni de ses conduites. Nous ne devenons pas responsables de ce qu’elle fait ou ne fait pas. Nous ne cautionnons pas ses actes ni n’approuvons ses agissements ou ses actions. Il faut résister à l’idée que « si je lui pardonne, il va recommencer ». Le pardon n’a pas comme effet d’encourager une personne à poursuivre ses méfaits. Cette dernière doit assumer la pleine responsabilité de ses faits et gestes.

« Nous ne pardonnons pas les gens parce qu’ils le méritent. Nous leur pardonnons, car ils en ont besoin, parce que nous en avons besoin. » Bree Despain

Pardonner, ce n’est pas « se réconcilier » !

Enfin, plusieurs résistent à l’idée de pardonner en croyant qu’en faisant ainsi, ils devront se réconcilier avec la personne. Bien qu’ultimement, dans un scénario idéal, le but soit la réconciliation, cela n’est pas toujours possible. On assiste parfois à des scènes aberrantes où, par exemple, une victime d’abus ou d’agression sexuelle est contrainte, par des croyants bien intentionnés, mais profondément immatures, à renouer avec son agresseur pour démontrer la réalité et la sincérité de son pardon. On peut facilement imaginer le traumatisme subi par cette personne. Pardon et réconciliation sont 2 étapes différentes et subséquentes.

Le pardon constitue une étape importante dans la guérison d’une vie. Comprendre ce qu’il n’est pas amène les gens blessés à faire la paix avec l’idée de pardonner. En se faisant, ils peuvent ainsi s’ouvrir à tous les bénéfices du pardon en particulier, la liberté qu’il accorde.

« Pardonner c’est libérer un prisonnier et découvrir que ce prisonnier était vous-mêmes. » Lewis Smedes

 

1 réponse
  1. Marie L. dit :

    Bonsoir Pasteur,

    j’ai un gros gros gros morceau à pardonner depuis 2003- Christ m’a appelé et j’ai enfin entendu il y a peu…
    j’ai commencé à pardonner, en revanche, en écoutant ce texte prêché en 2011 hier par vous sur le site Eglise Nouvelle, en comprenant que la personne qu’on devait pardonner doit assumer sa responsabilité en éprouver du remords et tenter de réparer…je m’aperçois que ce que j’ai tenté de pardonner est vain…en effet cette personne n’accepte pas sa responsabilité, ni n’a de remords qd à ce tort affreux que j’ai subi et ne fait rien pour réparer et ce depuis 2003…du coup j’étais profondément déprimée hier soir en écoutant ce prêche de 2011, car cette personne n’acceptera jamais/ alors mon pardon est il vain?

    Merci de m’éclairer.

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