Je voudrais aborder avec vous un sujet important, mais quelque peu délicat. Je vais le traiter de façon détaillée dans au moins 4 ou 5 épisodes. Je vous encourage donc à vous abonner pour ne rien manquer de prochaines capsules.

Beaucoup d’entre vous savent que je voyage beaucoup. En 2024, j’ai été dans 9 pays différents pour enseigner, former et édifier les églises. Et ce que j’ai observé à répétition non seulement cette dernière année, mais toutes ces années comme pasteur et conseiller, ce sont des abus que je vais nommer abus spirituels. Le terme est très large et englobe beaucoup. Au fil des divers épisodes, je vous définirai plus en détail les différentes formes que prennent les abus.

Cependant, je veux garder un équilibre et une mesure dans mes propos et surtout faire attention à 4 choses. Premièrement, je ne veux surtout pas adopter une attitude accusatrice ou condescendante. Au contraire, je veux aborder la question avec respect et humilité. En second lieu, je ne veux pas généraliser ou stigmatiser l’église entière. Il y a de très bonnes églises avec des pasteurs dévoués et des leaders sérieux et consacrés et qui aiment leurs brebis. Par contre, mon troisième point,  je ne veux pas minimiser le sujet des dérives et des abus qui peuvent prendre place au sein de l’Église. La Bible elle-même n’a pas maquillé la vérité, mais au contraire, met en lumière toutes choses : bonnes et moins bonnes. Paul dans sa lettre aux Éphésiens dit ceci :

Examinez ce qui est agréable au Seigneur; et ne prenez point part aux œuvres infructueuses des ténèbres, mais plutôt condamnez-les. Car il est honteux de dire ce qu’ils font en secret; mais tout ce qui est condamné est manifesté par la lumière, car tout ce qui est manifesté est lumière.  Eph 5:10-13

L’erreur de l’église a été, trop souvent, de cacher et de couvrir ses “péchés” et les dérives de certains de ces leaders, et cela au détriment des victimes. Cela est particulièrement vrai pour l’Église catholique partout à travers le monde. J’aimerais vous dire que l’Église évangélique n’y échappe pas. Des enquêtes ont révélé des abus sexuels au sein de certaines églises baptistes aux États-Unis. En 2019, une enquête a mis en évidence que, sur une période de 20 ans, environ 380 pasteurs, dirigeants et bénévoles de la Convention baptiste du Sud (Southern Baptist Convention) ont été accusés d’abus sexuels, affectant plus de 700 victimes, principalement des mineurs. Mon but n’est pas de faire mal à l’église ni de la déshonorer. Je vous rappelle que je suis aussi pasteur. Mais je ne suis pas un pasteur aveugle ni aveuglé. Enfin, dernièrement, plus que toute mon intention est d’aider les victimes. Trop de personnes ont souffert des abus et des dérives de l’église et de certains leaders et se sont ainsi retrouvées isolées et incomprises et surtout aucunement aidées. J’aurai l’occasion de parler de la condition des victimes et des voies de guérison dans de prochains épisodes.

Les hommes ne font jamais le mal avec autant d’ardeur que sous le couvert des convictions religieuses. Blaise Pascal

Cette citation de Blaise Pascal met en lumière une observation profonde et étonnante qu’il a eue sur la nature humaine et les dangers d’un certain fanatisme dans l’expérience religieuse. Cela est vrai pour les leaders, mais aussi pour tous les croyants. Il y a un immense danger lorsque des personnes sont convaincues que leurs actions, même celles qui peuvent être nuisibles, leur semblent ordonnées ou approuvées par Dieu lui-même. Dans ces moments, souvent incapables de se remettre en question, elles agissent sans retenue ni culpabilité. Leurs propres convictions peuvent servir de justification morale pour commettre des gestes qui, autrement ou ailleurs, sembleraient inacceptables. Cette pensée de Pascal nous met donc en garde contre les excès qui peuvent se manifester chez certains et dans certains milieux et qui transforment la foi en un outil potentiellement malsain, voire dangereux.

Évidemment, lorsqu’on parle de fanatisme, on imagine facilement des islamistes radicaux, des terroristes. Bien sûr qu’ils sont fanatiques. Mais ce serait passer à côté du fanatisme présent non seulement dans les autres religions, mais aussi dans les autres sphères de la condition humaine : la politique, l’idéologie, la culture et même le sport. Le fanatisme peut se retrouver partout. Mais arrêtons-nous, parce que ce qui nous intéresse est ce qui peut se passer dans nos milieux évangéliques. Le fanatisme dans ces mêmes milieux prend diverses formes allant du légalisme pur et dur à l’extrémisme des hypercharismatiques.

Saul de Tarse (avant de devenir l’apôtre Paul) était un fanatique religieux qui, au nom de Dieu, persécute la jeune église chrétienne naissante et approuve le meurtre d’Étienne. Les pharisiens, les scribes (les religieux de cette époque) ont crucifié Jésus, le fils de Dieu. Et cela… au nom de Dieu. Vous imaginez jusqu’où peut aller le fanatisme. Mais réjouissons-nous un peu parce qu’il y a de l’espoir : Saul de Tarse est devenu l’apôtre Paul.

Mais qu’est-ce qui fait qu’une personne devient fanatique ou intensément démesurée ou intransigeante dans ses convictions au point de vouloir les imposer aux autres et/ou de disqualifier ceux qui pensent différemment d’eux ? Encore une fois, il n’y a pas d’explications simples à un phénomène complexe. Cela se produit par une combinaison de facteurs individuels, sociaux et culturels. Mais je vous donne quelques explications :

1- Besoin de sens et d’un but :

Certains peuvent chercher à donner un sens à leur vie en adhérant intensément à une cause, et cela pour combler un vide existentiel. Cela est vrai pour plusieurs causes autant que pour des aspects davantage religieux. Cela leur donne l’impression d’être investis dans une mission importante, procurant un sentiment de valeur personnelle, un sentiment d’accomplissement. Je me souviens lorsque j’étais adolescent (avant ma conversion), j’avais une immense affiche de Che Guevara dans ma chambre. Je rêvais de devenir révolutionnaire : Hasta la victoria siempre. Intense n’est-ce pas? C’est l’adolescence… et c’est cela chercher un sens et un but.

2- Quête d’identité :

La quête d’identité est complexe chez toute personne. Certains, par manque, vont s’identifier à des groupes pour définir qui ils sont. Ils adoptent ce que j’appelle une identité d’emprunt. Ils ne savent qui ils sont et ils vont emprunter l’identité de quelqu’un d’autre ou d’un groupe en imitant. Le terme plus technique pour ce phénomène est mimétisme. Je vous le définis simplement. Il s’agit en fait d’un mécanisme psychologique où une personne imite consciemment ou inconsciemment les actions, les comportements, les attitudes, les expressions ou même les croyances d’autres personnes. Vous l’avez sûrement remarqué chez de jeunes prédicateurs qui prêchent comme certains prédicateurs vedettes plus connus copiant les expressions, les mimiques et même les gestes. Ce n’est pas très grave, mais simplement un signe d’immaturité. Avec le temps, ils finissent par se découvrir et trouver leur identité propre.

Par contre, chez d’autres, ça ne se passe pas aussi bien et ils persistent dans leur imitation et dans leur adhésion à des convictions extrêmes pour se conformer et rester intégrés dans le groupe. Souvent, ils sont aussi manipulés par un leader charismatique qui les convainc de la justesse de ce qu’il pense et de ce qu’il fait. Je vous donne un exemple. Précédemment, j’ai fait allusion à Saul de Tarse. Remarquez ce texte qui parle du meurtre d’Étienne :

“Ils poussèrent alors de grands cris, en se bouchant les oreilles, et ils se précipitèrent tous ensemble sur lui, le traînèrent hors de la ville, et le lapidèrent. Les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme nommé Saul.” Actes 7:58

Est-ce que vous comprenez jusqu’où peut mener le fanatisme : des cris, de l’hystérie et un effet d’entrainement qui se propage à la foule. Ils (chaque personne présente dans la foule) trainent Étienne et le lapident. Un dernier détail. Le texte mentionne « un jeune homme » nommé Saul. Le terme grec utilisé pour « jeune homme » dans ce passage est neanias, qui désigne généralement un homme dans la vingtaine ou au début de la trentaine. Oui, on peut parler d’immaturité chez Saul de Tarse et qui constitue un indice chez tous les extrémistes. Vous serez d’accord que les jeunes sont d’une intensité qui parfois ressemble, à un degré moindre, à un certain fanatisme.

3- Les facteurs de personnalité :

La personnalité chez les humains est un ensemble, une combinaison de caractéristiques émotionnelles, d’attitudes et de comportements qui constituent les attributs spécifiques d’une personne. Nous avons tous une personnalité. Il y a des personnalités en santé et d’autres, disons, en moins bonne santé pour ne pas dire mal en point. Voilà pourquoi, nous parlons, chez certains, de troubles de la personnalité.

Certaines personnes sont de nature excessive dans leur façon de penser, de fonctionner, de se comporter. C’est leur personnalité. Elles sont souvent rigides et ont ainsi du mal à accepter des points de vue, des arguments qui les contredisent. Ce qui survient dans leur marche chrétienne est le phénomène suivant : au lieu de permettre à la Bible et à son enseignement de transformer leur cœur, leurs pensées et leurs comportements en profondeur, ces personnes instrumentalisent la Bible. Ils l’utilisent pour justifier leurs propres idées, leurs croyances, pour prouver leur point de vue ou justifier leurs actions. Je vous donne quelques exemples :

Une personne colérique qui s’emporte exagérément justifie son attitude en citant Jésus chassant les marchands du temple (Jean 2:15), en disant : « Même Jésus se mettait en colère, donc ma colère est justifiée. » Mais elle évite de considérer d’autres passages comme Éphésiens 4:31, qui demandent de se débarrasser de toute amertume et colère.

Une personne utilise des versets comme 1 Corinthiens 6:9-10 (Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront point le royaume de Dieu?) pour juger durement ou exclure quelqu’un, tout en ignorant les nombreux appels à l’amour, au pardon, et à l’humilité dans le Nouveau Testament. Elle transforme la Parole en outil de condamnation, au lieu de s’interroger sur sa propre vie et ses failles personnelles.

Une personne confrontée à un péché ou à une faiblesse dans sa vie peut dire : « Dieu m’aime tel que je suis, donc je n’ai pas besoin de changer. » Elle cite des passages sur l’amour inconditionnel de Dieu, mais ignore ceux qui appellent à la repentance et au changement (Romains 12:2).

Ce genre d’attitudes reflète un orgueil ou une profonde résistance au changement, là où la Parole de Dieu appelle à une humilité et à une disposition à être transformé. Le véritable objectif dans la vie chrétienne n’est pas de confirmer nos idées, mais de nous rapprocher de Dieu, d’être transformés. Cela se produit à travers la consécration, la réflexion et l’introspection.

Que faire lorsque des personnes de notre entourage ont ces tendances extrêmes ou fanatiques?

1- Cherchez à comprendre :

Cela signifie, évaluez le niveau de fanatisme. Est-ce une simple rigidité dans leurs croyances, une particularité de leur culture ou un comportement extrême qui nuit à eux-mêmes ou aux autres ? Est-ce que ce qu’ils font ou ce qu’ils enseignent affectent leur entourage de manière toxique (intimidation, culpabilisation, manipulation, contrôle) ? Est-ce une réaction passagère d’un adolescent(e) un peu trop intense? S’agit-il d’un pasteur d’un leader spirituel qui exige une soumission exagérée? Êtes-vous la seule personne à percevoir ses agissements ou vos perceptions sont-elles corroborées par d’autres ?

2- Identifiez vos propres limites :

Prenez conscience de ce que vous êtes prêt(e) à tolérer, à accepter ou à supporter sans compromettre vos propres valeurs, votre santé mentale, votre équilibre spirituel. Malheureusement, beaucoup de croyants, lorsque confrontés au fanatisme ou aux excès de certains, se sentent coupables à l’idée d’en parler, même d’y penser. Ils voient des choses et se remettent en question eux-mêmes face à ce qu’ils observent au lieu de confronter : « Sûrement que je me trompe, j’ai dû mal voir, je ne devrais pas penser cela, je ne suis pas assez spirituel. » Développez un esprit critique. Apprenez à discerner et à vous faire confiance.

3- Préserver votre propre santé mentale et spirituelle :

Le fanatisme présent chez certains croyants intoxique leur entourage. Cela perturbe immanquablement la santé mentale et émotionnelle, propulsant les personnes dans une confusion à la fois émotionnelle, mais aussi spirituelle. Sur le plan spirituel, ancrez-vous dans une compréhension équilibrée de la vie chrétienne et approfondissez votre foi. Sur le plan émotionnel, prenez du recul. Ne vous laissez pas entraîner dans des discussions émotionnellement épuisantes ou des confrontations inutiles qui vous déstabilisent. Le fanatisme est souvent alimenté par un sentiment de menace ou de persécution. Une attitude défensive ou offensive de votre part peut renforcer leur rigidité. Protégez-vous et s’il le faut, limitez les interactions non nécessaires.

Prenez un moment après avoir visionné ou écouté cette capsule, pour lire le 3e chapitre de la 2e lettre de Paul à Timothée. Paul dans ces propos, décrit en détail la condition et les caractéristiques de certaines personnes ayant l’apparence de la piété et conclue en disant à Timothée : éloigne-toi de ces hommes-là.

4- Trouver du soutien extérieur :

Il y a beaucoup de croyants dont la foi n’est pas en santé (j’ai fait 3 vidéos et écrit 3 articles intitulés : avez-vous une foi saine? Prenez un moment pour les visionner) Cependant, beaucoup d’autres sont très équilibrés et peuvent vous aider à voir plus clair dans ce genre de situation. Quand vous ne savez plus quoi penser, la réponse n’est pas en pensant davantage, mais en cherchant un point de vue extérieur qui vous aidera à avoir un éclairage plus objectif.

Face à un pasteur, un ami proche ou un membre de la famille qui présentent cette intensité ou cette attitude fanatique, l’équilibre est essentiel. Il s’agit d’affirmer vos valeurs avec douceur, de protéger votre santé mentale, et de continuer à aimer la personne tout en refusant de vous laisser dominer par son comportement. Dans les cas graves, n’hésitez pas à chercher de l’aide extérieure. Vous avez le droit de préserver votre bien-être, votre équilibre spirituel et émotionnel.

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