Plus que tout, pardonner est une décision personnelle. Personne ne peut nous obliger à pardonner ! Et, encore moins, nous culpabiliser avec cela.
Cependant, Paul Tillich, l’un des plus grands théologiens du XXe siècle, a dit : « Le pardon est le remède de Dieu pour notre existence ». Eh oui, un remède. Pourquoi ? Simplement parce qu’il est impossible sur l’ensemble de notre vie de ne pas être blessé par quelqu’un. Nos parcours de vie sont parsemés d’embuches, de situations générant des conflits, des dissensions, des incompréhensions, des injustices. Tous ces événements nous affectent, nous infectent et nous rendent malades. C’est dans ces moments que le pardon constitue un remède efficace.
Dans l’évangile de Matthieu (18) prend place une scène assez particulière. Il s’agit d’un échange entre les disciples et Jésus sur diverses questions comme : qui est le plus grand dans le royaume des cieux . À un certain moment, Pierre s’approche de Jésus et lui pose la question suivante : « Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il péchera contre moi ? Sera-ce jusqu’à sept fois ? Jésus lui dit : je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. » On peut facilement imaginer Pierre dont cette question précise le taraude. Il avait sûrement eu quelques conflits dans le passé. Avec son tempérament bouillant et impulsif, on peut facilement imaginer qu’il pouvait donner des coups et sûrement en recevoir. Il pose 2 questions : combien de fois dois-je pardonner ? Et est-ce que ce sera jusqu’à 7 fois? La première question, on se la pose tous quand le comportement de quelqu’un nous affecte et que nous lui pardonnons. Il recommence et nous lui pardonnons encore et la personne recommence et rechute et recommence. Enfin, jusqu’à quand vais-je lui pardonner? Ma patience a des limites… Un jour, ça va se terminer… Au moment où je vous parle, je pense à des parents avec des enfants ou des adolescents difficiles ou encore à des épouses, dont le mari les a trompés et trompés à nouveau. Mais revenons à cette discussion entre Pierre et Jésus. Les 2 questions qu’il pose nous démontrent 3 choses.
Premièrement, Pierre croit au pardon. Il ne pose pas le problème à savoir s’il faut pardonner ou non. Il ne conteste ni ne conteste la notion de pardon ou le principe du pardon.
En second lieu, il est conscient qu’il faut pardonner plus d’une fois et croit même, en dernier lieu, qu’il est noble et héroïque de se rendre jusqu’à sept fois. Ce n’est pas hors de propos cette question. Certains rabbins enseignaient qu’on devait le faire trois fois, mais pas plus. Pierre est très généreux. Il double le précepte et ajoute un bonus additionnel de 1 fois : 7 X. Wow, c’est noble, exemplaire et plus qu’exemplaire.
Néanmoins, comme nous tous parfois, il ne comprend pas le pardon selon la perspective de Jésus. Dans sa question, Pierre commet 3 erreurs :
1- Il tente de quantifier le pardon
« Combien de fois… » Dans l’expérience de la vie, on ne peut limiter le pardon ainsi. Le pardon est nécessaire autant de fois que des situations, des personnes ou des événements le justifient. C’est, dans ce sens, un mode de vie. Conséquemment, nous devons apprendre à vivre du pardon, mais aussi à vivre le pardon. Je peux comprendre que cette façon de voir le pardon éveille chez certaines personnes beaucoup de résistance. Ils pensent qu’ils sont obligés de pardonner. Le pardon n’est pas une obligation, mais une décision.
2- Il tente de conditionner le pardon
« Combien de fois pardonnerais-je à mon frère lorsqu’il péchera contre moi ? » La pensée semble être la suivante. « Je pardonnerai lorsque mon frère pêchera contre moi. L’idée qui semble se dégager est de pardonner lorsqu’il y a évidence et reconnaissance d’une offense. Cependant, vous et moi savons que, souvent, les gens ne sont même pas conscients qu’ils nous ont blessés. Ce qui est évident pour nous ne l’est pas toujours pour les autres. En d’autres cas, s’ils en sont conscients, ils ne le reconnaissent tout simplement pas. N’oublions pas que nous retirons un bénéfice émotionnel et spirituel à pardonner. Alors, pourquoi rester prisonnier du ressentiment et même de la haine quand on peut s’en libérer par le pardon ?
3- Il tente de limiter le pardon
« Sera-ce jusqu’à sept fois ? » Pierre semble courageusement s’affirmer en signifiant qu’il est prêt à pardonner jusqu’à 7 fois. Rappelez-vous ce que j’ai mentionné plus tôt. Pierre a été courageux et généreux. Mais la réponse de Jésus étonne : il propose 70 x 7, soit 490 fois. Au regard humain, cela semble invraisemblable, voire impossible. Le problème soulevé dans ce texte n’est évidemment pas mathématique ou quantitatif. À la 491e fois, on ne pardonne plus ? Bien sûr que non. Le pardon ne se limite pas ainsi.
Comme nous l’avons déjà mentionné, nous devons pardonner autant de fois que les situations le justifient.
Vous conviendrez avec moi que cela n’est pas facile. Ne croyez pas que le fardeau repose sur vos épaules comme si, en tant que victime, vous vous retrouvez en défaut. Jésus, en insistant sur le pardon, montre la voie par excellence pour guérir, être en paix et maintenir cette paix. Même si la colère et la frustration montent à l’intérieur de vous à la pensée de pardonner à cette personne qui vous a fait du mal, persévérer dans le pardon. Si des larmes de douleur vous submergent, laissez les couler et pleurez ce que vous avez à pleurer. Mais, en toute chose, ne laissez pas l’amertume dominer et gagner sur vous.
Prenez la décision consciente, courageuse et volontaire de pardonner. Jamais vous ne serez aussi près du cœur de Dieu qu’à ce moment !
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