Pendant quelques semaines, je vais parler de narcissisme ou d’un type de personnalité que l’on appelle « personnalité narcissique ». Ce sont des termes très répandus qui nécessitent qu’on les définisse plus à fond, puisqu’ils font partie maintenant du langage courant. Je vais faire attention à 2 choses dans mes propos :
1) Je veux garder un certain équilibre afin que vous commenciez à voir des narcissiques partout et,
2) Je veux m’assurer de dire les vraies choses concernant ce type de personnalité sans ménagement.
Premièrement, vous devez savoir 3 choses sur le narcissisme :
1) Il y a une part de nous qui est narcissique. Dans ce sens, nous sommes tous pareils. J’y reviendrai.
2) Il y a des personnes qui ont un trouble de la personnalité qui s’appelle le trouble de la personnalité narcissique. Il y a plusieurs troubles de la personnalité : borderline, paranoïaque, antisociale, etc. Il y en a 10 en tout et nous aurons sûrement l’occasion d’y revenir.
3) Et enfin, il y a les pervers narcissiques qui sont plus machiavéliques, méchants et manipulateurs. C’est aussi et surtout ceux-là dont il faut se méfier.
Avant d’aller plus à fond dans tous ces concepts, permettez moi de vous expliquer d’où vient le terme narcissique :
Le terme « narcissisme » est emprunté à la mythologie grecque et met en scène Narcisse le fils du Dieu Céphise et de la nymphe Liriope. À sa naissance, sa mère apprit de la devineresse Tirésias qu’il vivrait longtemps, pourvu qu’il ne vît jamais son propre visage. La beauté exceptionnelle de Narcisse, ainsi que sa vanité, le rendait célèbre : il ne s’intéressait qu’à lui-même et repoussait avec mépris les avances des jeunes filles. Écho était une nymphe qui ne pouvait plus se servir de sa voix, sauf pour répéter les derniers mots qu’elle entendait. C’était une punition que lui avait infligée la déesse Héra, épouse de Zeus, pour avoir tenté de la distraire en bavardant pendant que Zeus entretenait des liaisons avec d’autres nymphes. Un jour, Écho fit la rencontre de Narcisse et tomba amoureuse de lui. Mais sans hésitation, celui-ci la rejeta. Le cœur brisé, elle se laissa dépérir, jusqu’à ce qu’il ne reste d’elle que sa voix. Les autres nymphes se plaignirent auprès de Némésis, la déesse grecque de la Vengeance. Lors d’une chasse en forêt, Némésis poussa Narcisse à aller se désaltérer dans une source d’eau. Il vit son reflet et tomba amoureux de lui-même. Il resta de longs jours près de la source à se contempler et finit par dépérir (certaines versions anciennes mentionnent le suicide). À l’endroit où il mourut poussa une fleur blanche, le « narcisse ». Cette plante porte son nom, à cause de l’inclinaison de ses fleurs en direction des points d’eau, de sa beauté reconnue et de son caractère toxique. Même si le mythe de Narcisse ne demeure qu’une légende, l’histoire recèle des indices révélateurs qui nous aident à comprendre cet état particulier qu’est le narcissisme.
Ce mythe met en évidence des concepts comme l’image de soi, le concept de soi et l’estime de soi. Ce qui a la base est profondément normal. Le mythe démontre aussi comment la relation à soi peut cependant devenir une obsession qui finit par se retourner contre soi. En fait, le narcissique, à la longue, cause sa propre perte. Cela est dramatiquement illustré par l’obsession moderne pour l’image, l’apparence. Il y a une série américaine qui s’appelle botched (au Québec, cette série s’appelle chirurgie botchée). Je ne sais pas si elle existe dans les autres pays francophones sous une autre appellation : comme chirurgie bâclée. L’émission donc tourne autour de 2 chirurgiens plasticiens américains qui remédient aux chirurgies plastiques extrêmes qui ont mal tourné. Je vous avoue qu’il faut être un peu voyeur pour regarder ce genre d’émissions. Mais au-delà des chirurgies, ce que l’émission met en évidence est l’obsession de ces personnes pour leur apparence, que ce soit pour les seins, le visage, les lèvres ou les fesses. Tout y passe. Certains veulent ressembler à Barbie ou à un personnage de bandes dessinées ou à un acteur ou une actrice. On observe leur obsession maladive. Vous me direz que ce sont des cas extrêmes. Cependant, les sociétés occidentales déclinantes sont obsédées par l’image : la mode, la beauté du corps, les réseaux sociaux : Instagram, Facebook, Tic Toc, etc. Je ne les connais pas tous. Je crois aussi que cette tendance au narcissisme a aussi envahi le monde chrétien où beaucoup de chrétiens et des pasteurs mettent énormément d’énergie à se photographier de toutes les manières inimaginables : en prêchant, en prenant un café, en étudiant, avec d’autres personnes, de côté, de face. À la longue, cela devient presque pathétique. Je mesure mes paroles parce que je ne veux pas être désapprouvé si vous voyez une photo de moi avec quelqu’un.
Sommes-nous tous narcissiques ?
Revenons à notre premier point : nous sommes tous un peu narcissiques. Cela ne signifie pas que nous avons un trouble de la personnalité. Mais, nous avons ce qu’on appelle des traits narcissiques. Cela manifeste par notre besoin d’appréciation, d’admiration, d’attention. Jusqu’ici, tout est normal. Le défi dans tout cela est de garder un équilibre et de ne pas chercher à être constamment le centre d’attraction. Tous les spécialistes vont confirmer que l’enfant qui nait est narcissique et égocentrique. Il se croit le centre du monde (et, à vrai dire, il l’est), puisqu’il est le centre de l’attention et de l’attraction. Mais dans un déroulement normal de sa vie, il va se décentrer de sur lui-même au fur et à mesure qu’il va s’intégrer dans la fratrie, i-e dans ses relations avec ses frères et sœurs, il va découvrir que l’autre existe. Il n’est pas seul au monde. Mais il y a plus encore. Il ne s’acheminera pas vers le trouble de la personnalité lorsqu’il expérimentera ce qu’on appelle une blessure narcissique mineure. Qu’est-ce que c’est au juste? C’est une atteinte à son égo lorsqu’il rencontre les limites que lui imposent ses parents et qu’il découvre qu’il n’est pas tout-puissant ou que tout ne lui est pas dû. En grandissant, l’enfant se structure psychiquement au contact des premières frustrations. Il apprendra ainsi à négocier entre ses désirs intérieurs et les possibilités extérieures. J’imagine que certains d’entre vous ont eu des enfants. Moi j’ai eu 4 garçons et j’ai 4 petits enfants : 1 petite fille et 3 petits garçons. Je me souviens de la réaction de mes propres enfants (et je le vois maintenant avec mes fils et leurs enfants) lorsque je leur mettais des limites. Il hurlait, s’opposait, se roulait parfois par terre : « Ô misère ! Ô malheur ! Que la vie est difficile et injuste ! » Dans ces moments, nous avons tendance à plier et à leur accorder ce qu’ils désirent seulement pour ne plus les entendre crier. Pour qu’ils ne deviennent pas des enfants rois, ils doivent accepter des limites. Le meilleur service que l’on peut leur rendre, c’est de leur en mettre.
Ce que j’ai appelé blessure narcissique, ce n’est pas humilier, dénigrer l’enfant. Ce type de réaction laisse des traces malsaines à l’intérieur. Des blessures qui marquent. Ce n’est pas refuser de les complimenter ou de les valoriser. Souligner le bon travail d’un enfant ou d’un adolescent ne fait que le rassurer et l’assurer d’une saine représentation de lui-même.
Laissez moi faire un lien avec la vie adulte ou la vie actuelle. En 2009, 2 psychologues américains ont comparé l’origine du narcissisme à un tabouret à quatre pieds. Un des pieds était une éducation permissive où chacun apprend à prendre sa place sans se soucier des autres. Le deuxième étant la culture de la célébrité instantanée. Le troisième Internet et les réseaux sociaux, et enfin le dernier, la consommation et l’argent facile qui font croire que tous les rêves sont possibles.
Il y a un narcissisme normal : la confiance en soi, une bonne estime de soi, un concept de soi positif et équilibré. Cela, bien sûr, nous aide dans la vie. Voyez le narcissisme un peu comme sur un continuum du normal et sain vers… Des dimensions malsaines, mésadaptées, égoïstes et plus loin des attitudes mesquines et des réactions dangereuses et manipulatrices.
Dans les prochaines vidéos, je vais développer ce qu’est une personnalité en santé. La semaine suivante, je vais vous décrire ce qu’est une personnalité en difficulté ou ce que sont les troubles de la personnalité et progressivement, je vais aborder la personnalité narcissique. N’oubliez pas de partager ces vidéos à vos amis et encouragez les à s’inscrire. Je vous souhaite bon courage dans les circonstances actuelles et une très bonne semaine.
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